Jury

Asia Argento et Arielle Dombasle, dames du L.A.C.

By 31 janvier 2020 No Comments

Asia Argento et Arielle Dombasle, dames du L.A.C.

Asia Argento, présidente du jury des longs métrages, et Arielle Dombasle se retrouvent après leur tournage commun du film Alien Crystal Palace, diffusé ce soir lors de la Nuit Décalée. Elles nous parlent de cinéma fantastique, de leurs influences et de leurs souvenirs de tournage. On en redemande en gore !

Votre rôle de présidente ?
Asia Argento : Je suis honorée d’être présidente du jury, mais c’est étonnant que cela ne soit pas déjà arrivé avant, car c’est la 27e édition. J’ouvre la porte, comme je l’ai déjà fait auparavant dans ma vie, mais j’espère que je ne me la prendrai pas sur la tête. Ce qui arrive souvent ! J’ai fixé quelques règles avec le jury, comme de se parler tous les jours quelques minutes, j’ai distribué des carnets pour écrire ses idées. C’est important d’écouter les avis des uns et des autres. J’ai la chance d’avoir un jury très intelligent. J’arrive parfois à penser comme ils pensent, à voir des choses qui m’avaient échappé.

Qu’attendez-vous de cette édition ?
AA : Avec mon travail, les enfants, je ne vais plus au cinéma comme je le faisais quand j’étais plus jeune, c’est donc une occasion de voir ce qui se passe en ce moment, de voir les points de vue différents des réalisateurs et réalisatrices ; le festival, c’est une belle manière de se mettre au courant de ce qui se passe à travers le monde. Mais je n’attends rien de particulier, car j’aime être surprise et ça m’évite d’être déçue.

Quels souvenirs gardez-vous de votre tournage avec George Romero, Le Territoire des morts ?
AA : C’était un ami de mon père, un ami perdu, car ils ne se voyaient plus. Il avait adoré mon premier film en tant que réalisatrice, Scarlet Diva. Il m’a contactée, ce qui m’avait étonnée. C’était encore mieux que de travailler avec mon père, car il était comme un oncle gentil, toujours très inspiré, très calme, je ne l’ai jamais vu se mettre en colère. Nous étions en communion. Il faisait des films très politiques avec le genre fantastique : si on avait envie d’y voir des zombies, on en voyait, mais il pouvait s’agir de tout autre chose. C’étaient presque des films clairvoyants.

Vos films de genre de prédilection ?
AA : Je suis touchée par les films sur les possessions, les fantômes, les esprits et les démons. J’aime L’Exorciste, L’Exorcisme d’Emily Rose, Deliverance from Evil… Cela me fait vraiment peur quand c’est bien fait. Quand j’ai vu Deliverance from Evil, c’était la nuit, j’étais seule et j’ai entendu du bruit, j’ai eu peur d’être possédée…

Votre rapport au fantastique ?
Arielle Dombasle : Enfant, j’ai habité au Mexique. C’est un pays qui est non seulement surréaliste, mais assez fantastique avec toutes ses civilisations mayas, olmèques, mixtèques ou encore aztèques qui ont disparu et laissé des traces très fortes. Mon père étant un collectionneur passionné d’art pré-colombien, j’avais dans ma chambre une représentation du redoutable dieu Tlaloc. Je me suis donc confrontée très tôt à une imagerie effrayante qui en même temps m’attirait. En accompagnant mon père sur des fouilles archéologiques, j’ai souvent visité des tombes. J’ai alors compris que coexistent un monde et un arrière-monde, mais aussi que nous sommes encore hantés par ces religions mal éteintes.

Quels sont vos goûts en matière de fantastique ?
AD : Mon introduction au fantastique s’est faite avant tout par la littérature. D’abord, par le romantisme d’Edgar Allan Poe, Mary Shelley, Byron ou même Jane Austen. Puis j’ai été frappée par l’intelligence et la singularité absolue de Philip K. Dick. Sinon, j’aime les contes de Grimm, les fables noires, l’esthétique gothique, les films de Murnau et l’expressionnisme allemand.

Pour vous, quelles doivent être les qualités d’un film fantastique ?
AD : Le style et encore le style. Un film fantastique est un carrefour entre une esthétique, une éthique et une politique. C’est comme un géant qui marcherait avec trois jambes…

Quels films vous ont effrayée ?
AD : Au Mexique, j’adorais aller voir des films d’épouvante alors qu’ils étaient interdits pour mon âge. La frayeur, le fantôme, le sang… J’adorais ça ! Ça me faisait très très peur, mais ça me procurait un agréable frisson. La peur au cinéma, c’est quelque chose d’infiniment réjouissant ! Parce qu’au cinéma, dans la salle obscure, on se sent protégé. On a peur sur le coup, puis c’est fini !

Peut-on faire un parallèle entre ce qui vous effraie au cinéma et ce qui vous fait peur dans la vie ?
AD : On a toujours peur du grand saut vers l’inconnu, c’est-à-dire du passage de la vie à la mort. On s’imagine toutes sortes de scénarios très angoissants : est-ce qu’on aura mal, finira-t-on dépecé, dévoré, notre sang va-t-il jaillir ? Cette interrogation au sujet de la souffrance est la mère de toutes les peurs. Finalement, on ne cesse de se demander si les monstres vont nous rattraper.

Y a-t-il un film fantastique ou d’horreur dans lequel vous auriez aimé jouer ou que vous auriez aimé réaliser ?
AD : Je ne sais pas. En revanche, ce que je peux dire c’est qu’avec Alien Crystal Palace, j’ai réalisé un film qu’on a parfois qualifié de fantastique. Mais qui est en réalité un mélange complexe de genres. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on a voulu le censurer, parce qu’il est incernable !